Il y a ceux qui prennent l’autoroute pour partir en vacances. Et puis il y a ceux qui regardent la carte en se demandant : « Bon… par où est-ce que je pourrais bien passer pour rallonger un peu ? »
Je vous laisse deviner dans quelle catégorie je me situe.
Direction le Berry avec Kawette, ma fidèle Kawasaki Versys-X 300. Mais plutôt que de tracer au plus court, j’avais une petite idée derrière le casque : traverser le Massif du Sancy, passer par Le Mont-Dore, aller saluer la naissance de la Dordogne et enchaîner trois cols qui méritent largement le détour : la Croix Saint-Robert, la Croix-Morand et le col de Guéry.
Bref, transformer un trajet de vacances en balade moto. Parce qu’après tout, arriver à destination c’est bien. Mais avoir quelque chose à raconter en arrivant, c’est quand même mieux.

Le Massif du Sancy à moto : bienvenue chez les volcans
Plus on approche du Sancy et plus le paysage change.
Les grandes lignes tranquilles du Massif central commencent à se plisser, les forêts s’accrochent aux versants, les vallées se creusent et la route semble soudain avoir été dessinée par quelqu’un qui avait une légère allergie aux lignes droites.
Autrement dit : ça commence à sentir très bon pour le motard.
Le Massif du Sancy est le plus haut ensemble volcanique de France métropolitaine. Autour du puy de Sancy, qui culmine à 1 885 mètres, l'activité volcanique, les glaciers puis l'érosion ont façonné un relief étonnamment varié : crêtes, vallées encaissées, plateaux d'estive, forêts et lacs.
À moto, cette géographie a une conséquence particulièrement intéressante : pour passer d'une vallée à l'autre, il faut franchir des cols. Quel dommage. Vraiment.

Le Mont-Dore : là où commence la Dordogne
Première étape : Le Mont-Dore. Installée à environ 1 050 mètres d'altitude au pied du puy de Sancy, la petite ville est à la fois station thermale, station de montagne et point de départ de nombreuses randonnées.
Mais si ce nom m'attire particulièrement, c'est évidemment pour une autre raison. C'est ici que commence une vieille connaissance. La Dordogne.
Et quand on vient soi-même de Dordogne, difficile de passer dans le coin sans aller voir où tout commence. Sur le flanc nord du puy de Sancy, à 1 366 mètres d'altitude, deux petits torrents de montagne se rejoignent : la Dore et la Dogne. De leur rencontre naît la Dordogne. Petite précision pour briller au prochain apéro motard : contrairement à une idée assez répandue, le nom « Dordogne » ne serait pas simplement la contraction de Dore et Dogne.
La rivière commence ici modestement, au milieu de la montagne, avant de traverser notamment Le Mont-Dore puis La Bourboule et de poursuivre son chemin sur près de 500 kilomètres jusqu'à rejoindre la Garonne pour former l'estuaire de la Gironde. Une sacrée destinée pour deux ruisseaux qui se rencontrent au pied d'un volcan.
La source elle-même n'est pas accessible directement à moto : depuis le parking au pied du Sancy, il faut continuer à pied par le GR4E pendant une vingtaine de minutes environ. Une excellente excuse pour poser les bottes de moto quelques instants.

Col de la Croix Saint-Robert : Kawette prend de la hauteur
Après Le Mont-Dore, il est temps de commencer les choses sérieuses. Direction le col de la Croix Saint-Robert.
La route s'élève rapidement et les arbres finissent par laisser place aux grandes étendues d'herbe du Sancy. Plus on monte, plus l'horizon s'ouvre. Et plus je ralentis. Pas parce que Kawette peine. Parce que je regarde partout.
À 1 451 mètres d'altitude, la Croix Saint-Robert est le plus haut col routier du Massif du Sancy. Il relie la vallée de la Dordogne et Le Mont-Dore au secteur du lac Chambon.
Le col est encadré par le Roc de Cuzeau et le puy de l'Angle et offre de superbes vues sur les Monts Dore et la vallée de la Couze Chambon.
Depuis La Bourboule, l'ascension représente environ 13 kilomètres et près de 600 mètres de dénivelé positif. Depuis Le Mont-Dore, le morceau réellement montagnard est plus court, mais il suffit largement pour comprendre pourquoi cette route est connue des amateurs de cyclisme… et de belles mécaniques. Une course de côte automobile y est d'ailleurs organisée chaque année.
Mais aujourd'hui, pas de chrono. Juste une Versys-X 300, quelques virages et cette petite sensation délicieuse d'être soudain très loin de tout.

Ici, même les vaches ont une meilleure vue que moi à la maison
Au sommet, le paysage prend des airs de carte postale. Des prairies jaunes et vertes courent sur les pentes. Quelques burons apparaissent au loin. Les forêts remplissent les vallées et, évidemment, les vaches sont là. Paisibles. Occupées. Manifestement assez peu impressionnées par l'arrivée de Kawette.
Le pastoralisme reste une activité essentielle du Sancy : les estives accueillent notamment des troupeaux de bovins et d'ovins de la mi-mai à la fin octobre.
Et lorsqu'on s'arrête quelques minutes au bord de la route, moteur coupé, tout change. Plus de bruit mécanique. Le vent. Les insectes. Les cloches au loin. Et l'immensité.
C'est aussi ça que j'aime dans le voyage à moto : rouler pour mieux s'arrêter.

Col de la Croix-Morand : 1 401 mètres de bonheur
Quelques virages plus tard arrive un autre grand classique du Sancy : le col de la Croix-Morand. Altitude : 1 401 mètres.
Autrefois appelé col de Dyane, il constitue depuis longtemps un passage entre le nord et le sud du massif. Les conditions hivernales pouvaient autrefois y être si difficiles qu'une expression locale prétendait que le col « prenait un homme chaque année ».
En plein été, sous un grand ciel bleu, l'ambiance est évidemment beaucoup plus accueillante. Et quelle route ! Depuis le lac Chambon, l'ascension développe une dizaine de kilomètres pour une pente moyenne autour de 5 %. À moto, aucune difficulté particulière évidemment, mais une succession de courbes particulièrement plaisantes et surtout un décor qui oblige régulièrement à relâcher les gaz.
Le col est également un lieu bien connu du cyclisme. Le Tour de France l'a franchi à plusieurs reprises depuis 1951.
Au sommet, on peut prolonger l'expérience à pied vers le puy de la Tache puis les crêtes du Sancy.
Moi ?J'ai Kawette. Et encore un col sur ma liste. Alors on continue.
Col de Guéry : quand la route rencontre le lac
La route finit par redescendre vers Le Mont-Dore avant de reprendre de l'altitude par la D983.
Direction cette fois le col de Guéry. À 1 268 mètres, ce n'est pas le plus haut de la journée. Mais peut-être l'un des plus photogéniques.
La route serpente entre prairies, forêts et reliefs volcaniques avant d'arriver à proximité du lac de Guéry. Et là, arrêt obligatoire.

Le lac de Guéry, miroir du Sancy
À 1 244 mètres d'altitude, le lac de Guéry est le plus haut lac d'Auvergne. Il s'étend sur environ 25 hectares, atteint jusqu'à 16 mètres de profondeur et doit son existence à l'histoire volcanique du massif : une coulée de lave basaltique a barré le ruisseau des Mortes, créant le lac dans une dépression également façonnée par les glaciers.
Aujourd'hui, le site est classé Espace Naturel Sensible.
Je gare Kawette au bord de la route. Devant moi, l'eau reflète le ciel et la forêt. Quelques fleurs sauvages bougent dans le vent. Un insecte profite tranquillement d'une ombelle.
Et moi, évidemment, je sors l'appareil photo. Parce qu'il existe des endroits où faire une photo relève presque de l'obligation morale.
Le lac est également un excellent point de départ pour plusieurs randonnées. Depuis le secteur du col de Guéry, on peut notamment partir vers les roches Tuilière et Sanadoire, la Banne d'Ordanche ou simplement faire le tour du lac.
Mais aujourd'hui, mon terrain de jeu reste la route.
Trois cols, une petite moto et beaucoup de raisons de s'arrêter
Ce passage par le Sancy confirme une chose que je savais déjà : il n'est pas nécessaire de partir à l'autre bout du monde pour avoir l'impression de voyager.
Une route qui monte. Un virage qui découvre soudain une vallée. Une vache qui vous regarde comme si vous aviez manifestement raté quelque chose dans vos choix de vie. Un lac. Un bout de route désert. Et une petite moto verte chargée de ses bagages posée au milieu de tout ça.
Kawette n'a peut-être ni 100 chevaux, ni l'électronique d'un vaisseau spatial, mais sur ces petites routes, ses 300 cm³ suffisent largement. On prend son temps. On regarde. On s'arrête. On repart. Et finalement, c'est peut-être ça, voyager.
Une balade moto dans le Sancy à mettre absolument sur la carte
Si tu traverses le Massif central à moto, ne considère surtout pas Le Mont-Dore et le Sancy comme une simple zone de passage. Fais exactement l'inverse. Prends le temps.
Passe par Le Mont-Dore, va voir la source de la Dordogne, grimpe à la Croix Saint-Robert, rejoins la Croix-Morand, puis termine par le col et le lac de Guéry.
Les distances ne sont pas énormes. Mais ici, comme le conseille très justement l'Office de tourisme du Sancy, mieux vaut compter les trajets en temps plutôt qu'en kilomètres. Surtout à moto.
Parce qu'entre les virages, les paysages et les arrêts photos, la moyenne horaire peut devenir absolument catastrophique. Et c'est très bien comme ça. C'est ça aussi le voyage et les vacances !




































